TRIBUNE DE GENEVE

 

 

Emma Mylan, artiste néoburlesque d’envergure internationale, s’est installée à Genève, où elle a ouvert son école d’effeuillage.

 

 

Détourner le coquin

L’élégance est un des maîtres mots d’Emma Mylan, 27 ans, artiste new burlesque installée à Genève.
Cabarettiste, pyrotechnicienne, directrice artistique pour la revue Ohlala Chérie à Zurich – une ville où le burlesque est à l’aise – Emma Mylan se produit aux quatre coins de l’Europe. A Genève, elle a fondé son école, dont est issue une partie des Copines d’Edmond (lire ci-contre). On y apprend le strip-tease à la manière des années 30 et 40, âge d’or de cet art longtemps populaire avant de disparaître avec l’avènement de la télévision et l’essor du cinéma pornographique. Pour renaître dans les années 90 aux Etats-Unis, avec le Velvet Hammer, une troupe politisée, féministe, résolument punk.

Si toutes les femmes du burlesque ne sont pas des militantes, toutes portent nécessairement un germe de subversion dans leurs shows. Emma Mylan: «L’extravagance, l’excentrique, le farfelu, voilà le burlesque. Qu’il soit féminin ou masculin – dans ce cas, on parle de boylesque, qui n’a rien à voir avec les Chippendales. Une constante: toutes les personnalités, tous les corps, tous les âges sont beaux et peuvent se montrer. Ça va de la jeune fluette de 23 ans à la femme énorme de 70 ans. C’est le sens qu’a pris le burlesque aujourd’hui: aller à l’encontre des diktats en matière de beauté et de mode. Surtout, il n’y a pas un burlesque, mais autant de variantes qu’il y a d’artistes. Je choisis seule ce que je veux faire sur scène, je gère seule ma carrière. Le néoburlesque est affaire d’indépendance.» Emma Mylan détourne le coquin, joue des «oops» de pin-up. D’autres ont choisi la chanson, la danse ou la contorsion: celle-ci passe à travers une raquette de tennis, cette autre arrache des clous avec ses fesses. Louise de Ville, à Paris, une star de la scène LGBT, transforme le fouet de cuisine en godemiché…
Art caméléon, art mutant, art à message, le burlesque est devenu tendance. Les cours d’Emma Mylan cartonnent. «Le burlesque est une contre-culture dans la mesure où l’on affirme son individualité sans compromis.» Mais avec certains codes, tout de même. Dans l’effeuillage, le cache-téton est de rigueur. Et le vêtement rétro a la cote. «Dans les années 30, comédienne ou danseuse était souvent synonyme de mondaine. En revanche, le burlesque d’aujourd’hui, s’il joue avec la sexualité, n’est pas sexuel. Notre monde, je le trouve gris, je le colore à ma façon. Etre nue, c’est une métaphore.»
Ce qui n’a pas lieu de plaire à tout le monde: «A Londres, à Paris, le burlesque a ses hauts lieux. A Zurich aussi. Mais à Genève, les portes restent fermées. A croire qu’on n’en veut pas ici.» Trop puritaine, Genève? «Mes amis ne le sont pas. Je constate en revanche que la scène alternative locale n’est pas très réveillée…»